A16 - ENVIRONNEMENT
 

Mesures de compensation écologique

 

Des atteintes au paysage compensées
Ulrich Bringold, Office des ponts et chaussées du canton de Berne (1/12/05)

Dans le passé, l’Europe a subi des catastrophes naturelles dues à une utilisation trop intensive de ses ressources forestières. Des déboisements massifs entraînèrent inondations, avalanches et coulées de boues.
La Suisse n’a édicté une législation forestière pour contrer ces phénomènes qu’en 1876. Depuis lors, la surface forestière est protégée : si un intérêt public prépondérant tel que la construction d’une infrastructure de transport ou l’exploitation de ressources du sous-sol nécessite malgré tout de déboiser un coin de forêt, une surface équivalente devra être reboisée. Ce principe n’est plus guère contesté ; il caractérise l’identité de la Suisse, au même titre que le Cervin, les CFF ou l’AVS.

Ce qui est moins connu, c’est que le même principe a été étendu, voici bientôt 20 ans, à toute la nature. La loi fédérale sur la protection de la nature spécifie, en son article 18, alinéa 1ter que « si, tous intérêts pris en compte, il est impossible d’éviter des atteintes d’ordre technique aux biotopes dignes de protection, l’auteur de l’atteinte doit veiller à prendre des mesures particulières pour en assurer la meilleure protection possible, la reconstitution ou, à défaut, le remplacement adéquat. »
Les grands projets tels que l’A16 provoquent inévitablement des dommages à la nature. Des spécialistes sont appelés à se prononcer sur l’ampleur de ces dégâts attendus, dans le cadre d’une étude d’impact sur l’environnement.
Leurs conclusions sont consignées dans un rapport d’impact, lequel débouche sur des mesures de remise en état de l’environnement ou de remplacement de biotopes. Ces mesures doivent être mises en œuvre par l’auteur des perturbations, c’est-à-dire le maître de l’ouvrage. Elles font partie intégrante du projet, au même titre que les chaussées, les ponts, les tunnels ou la signalisation.

Entre Roches et Court, l'A16 a commencé, secteur par secteur, à prendre forme au cours des six dernières années. Parallèlement aux travaux de construction proprement dits, de nombreuses mesures de reconstitution ou de remplacement de biotopes ont été réalisées. Certaines d’entre elles l’ont été aux abords immédiats de l’autoroute ; d’autres l’ont été ou le seront dans des endroits assez éloignés.

Mesures proches de l’autoroute

Lorsqu’une autoroute traverse un paysage de collines, elle coupe des versants et franchit des vallons, créant de vastes talus. Ces derniers ont été aménagés comme des surfaces rudérales ou herbagères extensives permettant d’accueillir de nombreuses plantes rares, appréciées des insectes dont les biotopes seront ainsi étendus.

Les passages sous-route créés pour les ruisseaux seront aménagés de telle sorte que toute une faune puisse aussi s’en servir pour traverser l’autoroute à l’abri.

Mesures réalisées à l’écart de l’autoroute

Pour compenser la perte de nature que représente la mise sous voûtes de ruisseaux, de nombreux autres cours d’eau enfouis sous terre ont été remis à l’air libre et revitalisés.

Il arrive qu’en lieu et place d’un reboisement de compensation d’une surface équivalente, il soit plus intéressant de revaloriser des surfaces forestières existantes : remplacement d’une monoculture d’épicéas par une forêt mélangée, éclaircissement et étagement d’une lisière dense de haute futaie. Les services forestiers ont admis ces opérations comme mesures de compensation.

La création de la décharge du Chaluet à Court a été compensée par une mesure destinée à soutenir le coq de bruyère ou grand tétras, devenu rare. Sur le Montoz voisin, il reste quelques individus épars. La mesure consiste à éclaircir la forêt progressivement, en créant plus d’une quarantaine de clairières. Cette mesure permettra d’améliorer notablement les conditions de vie de cet imposant oiseau.

Une autre mesure de compensation intéressante sera réalisée à proximité de l’ancien stand de tir de Moutier, sur un terrain appartenant à la commune bourgeoise.
Un ruisseau et une lisière seront revitalisés dans un but explicitement didactique. Cette opération comprend la création de plusieurs étangs, la mise sur pied d’un sentier didactique, la construction d’un abri pour pique-niquer et l’érection de panneaux d’information.
Contrairement aux mesures de compensation écologiques habituelles, les visiteurs sont accueillis ici à bras ouverts. Ce site servira en particulier à l’enseignement de la biologie dans les écoles de Moutier.
La partie didactique du projet sera réalisée par des cercles privés de protection de la nature, sous la houlette de M. J.-C. Gerber. Son financement sera assuré, espérons-le, par des contributions de la commune et par du sponsoring d’entreprises, au plan local et au plan régional. Tout un chacun pourra profiter directement d’une mesure de compensation écologique de l’A16.

 

Revitalisation de la zone naturelle Pré Boivin à Moutier.
 

Etang forestier revitalisé et étanchéifié dans le cadre du projet d'aménagement du ruisseau de l'ancien stand de tir de Moutier.
 

Revitalisation du ruisseau de Fin L'Epine à Moutier.